La beauté est dans les yeux de celui qui regarde : origine et sens

La formule « la beauté est dans les yeux de celui qui regarde » traduit l’anglais « beauty is in the eye of the beholder », dont la plus ancienne citation imprimée connue figure dans le roman Molly Bawn de Margaret Wolfe Hungerford, publié en 1878. L’idée est bien plus vieille que cette formule, et rien dans les sources consultées ne la relie à Oscar Wilde. Elle signifie que le jugement de beauté dépend du regard de celui qui juge, pas seulement de la chose jugée.

Qui a dit « la beauté est dans les yeux de celui qui regarde » ?

La réponse la plus solide désigne Margaret Wolfe Hungerford, romancière irlandaise. Son roman Molly Bawn, paru en 1878, contient la phrase « Beauty is in the eye of the beholder ». Les dictionnaires d’expressions anglaises en font la plus ancienne occurrence imprimée repérée à ce jour.

Cette date vaut pour la forme exacte de la phrase en anglais. Elle ne dit pas que l’idée est née en 1878, et d’autres citations plus anciennes, cherchées dans les textes originaux, pourraient encore décaler la première apparition.

En français, la phrase est une traduction. On rencontre « l’œil » ou « les yeux » selon les versions, sans que l’un des deux ait de légitimité particulière.

Oscar Wilde : une attribution sans source

Beaucoup de sites de citations attribuent la phrase à Oscar Wilde. Aucune des sources consultées ne la rattache à lui : ni la page de référence sur l’origine de l’expression, ni l’article encyclopédique consacré à la formule ne le mentionnent.

La confusion s’explique sans peine. Wilde a beaucoup écrit sur la beauté, et la préface du Portrait de Dorian Gray contient la phrase « Those who find ugly meanings in beautiful things are corrupt without being charming ». C’est une pensée sur la beauté, pas la formule du spectateur. Une citation sans titre d’ouvrage ni date n’est pas une source.

Une idée bien plus ancienne que la formule

Livres anciens ouverts sur un bureau en bois

Avant 1878, plusieurs auteurs ont exprimé la même pensée avec d’autres mots. Les références les plus citées sont les suivantes :

  • John Lyly, Euphues and his England (1588), qui compare la fantaisie à la beauté ;
  • William Shakespeare, Love’s Labour’s Lost, où la beauté est « achetée par le jugement de l’œil » ;
  • David Hume, Essays, Moral and Political (1742), pour qui la beauté existe dans l’esprit qui contemple les choses.

Certains dictionnaires évoquent même une origine grecque très ancienne. Le fond de l’adage, la beauté dépend de celui qui regarde, précède donc de loin le roman de Hungerford, qui l’a seulement condensé en une phrase facile à retenir.

Sens de l’expression : la beauté dépend du regard

Dire que la beauté est dans les yeux de celui qui regarde, c’est affirmer que le jugement esthétique est subjectif : deux personnes devant le même visage, le même paysage ou le même objet n’y voient pas la même chose. Le goût, l’histoire personnelle et la culture pèsent dans ce que l’on trouve beau.

L’expression a aussi un sens affectif. On trouve belle la personne que l’on aime, et c’est souvent ce que l’on veut dire en la citant. Pour le débat de fond, la définition de la beauté et ses débats fait déjà le tour de la question.

Le regard compte aussi au sens propre : la couleur des yeux est l’un des détails que l’on remarque en premier chez quelqu’un, et elle influence l’impression d’ensemble.

Les limites de l’adage

L’adage ne veut pas dire que tout se vaut. Des recherches en psychologie ont étudié des critères partagés d’un individu à l’autre, comme la symétrie ou les visages proches de la moyenne, ce qui nuance l’idée d’un goût purement personnel.

Le regard est aussi façonné par l’époque. Ce qui passe pour beau varie avec les modes, et les normes de beauté imposées orientent ce que chacun croit choisir librement. Le regard est personnel, mais il n’est jamais tout à fait libre.

Employer la citation aujourd’hui

Deux amies qui rient ensemble dans un parc ensoleillé

La phrase sert surtout dans trois situations : un compliment, une réponse à quelqu’un qui doute de son apparence, un message d’acceptation de soi. Elle fonctionne quand elle est dite à une personne précise, avec une raison précise.

Elle sonne creux quand elle sert à clore une discussion ou à éviter de donner un avis. Dans un compliment, mieux vaut préciser ce que l’on aime. Pour une lectrice qui aborde l’âge avec des questions de style, la beauté après 60 ans montre que ce regard bienveillant se travaille aussi par le maquillage.

En français, des formules voisines existent : « chacun ses goûts » ou « des goûts et des couleurs, on ne discute pas ». Elles disent que le goût est personnel, sans la dimension affective de la phrase de Hungerford, qui parle de celui qui regarde plutôt que de celui qui choisit.

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